«Tu salueras la Palestine, m’a dit H., l’amie palestinienne exilée à Paris, je ne peux pas aller là-bas, je te prête mes yeux.» «Je te salue Palestine. Jaune la pierre, rouge la terre, verts les oliviers, gris les parpaings des colonies. Barbes noires, barbelés sur les visages, chapeaux noirs, chapes de béton sur le paysage. Sur l’autoroute, camions, voitures des colons avec leurs fanions oranges. Dans la fourgonnette aux rideaux noirs, neuf femmes au voile blanc et une fillette avec une barrette rose dans les cheveux noirs. La petite, à l’approche du barrage, sa mère la cache entre deux sièges, le soldat plonge la tête dans la voiture et ne voit rien. Les yeux du chauffeur dans le rétroviseur. Quelque chose de tendu et de calme à la fois. Inquiétude, gravité, dignité. Maintenant la route est caillouteuse, sinueuse, secousses. Nous approchons d’Hébron.»